Spécialiste en finance publique, Alhassane Makanera Kaké était l’invité de la Radio Télévision guinéenne (RTG) dans l’émission Grand Angle. Au cours de son intervention, il a livré une analyse sans détour de la situation économique et budgétaire du pays, pointant du doigt une accumulation de mauvaises pratiques de gestion.
« Pour être clair, parce qu’il faut qu’on se dise la vérité, c’est la mauvaise gestion accumulée sur le long terme, une mauvaise politique budgétaire sur le long terme et les difficultés d’accès aux financements extérieurs qui résument d’abord le premier cas au niveau de l’État », a-t-il affirmé.
Revenant sur la décision de 2022 relative à la reprise des réserves obligatoires des banques, évaluées à 5 000 milliards de francs guinéens, Dr Makanera Kaké a comparé cette mesure à un véhicule sans pneu de secours.
« Si vous prenez les réserves obligatoires des banques primaires, c’est comme si vous avez un véhicule sans pneu de secours. Tant que les pneus roulent correctement, vous n’allez rien sentir. Mais une fois que vous perdez un pneu, vous allez comprendre l’importance du pneu de secours », a-t-il expliqué.
Selon lui, ces réserves ont pour rôle essentiel de faire face aux crises de liquidité au sein des institutions bancaires. « Il y a crise de liquidité lorsque la demande ne peut pas être satisfaite par la banque. Si je veux retirer 10 millions et que la banque ne peut pas me payer, il y a crise de liquidité », a-t-il illustré, rappelant que ces mécanismes permettaient auparavant de contenir les défaillances ponctuelles liées à une mauvaise gestion ou à d’autres facteurs.
Au-delà de la question bancaire, l’économiste a insisté sur ce qu’il considère comme le second facteur majeur : la gestion budgétaire elle-même.
« Nos finances publiques sont mal gérées, mal gouvernées. Il faut qu’on se dise la vérité. L’État achète en Guinée plus cher qu’un particulier et loue ou vend moins cher que les particuliers. Alors que l’État est un agent économique, il devient un mauvais agent économique », a-t-il déploré.
Il cite notamment l’exemple des locations immobilières, affirmant que l’État paierait des loyers largement supérieurs aux prix du marché, tout en sous-évaluant ses propres biens mis en location. « On est dans quel modèle économique ? », s’est-il interrogé.
Évoquant le fonctionnement du ministère en charge des finances, Dr Makanera Kaké estime que l’approche reste centrée sur la gestion de l’argent plutôt que sur la création de richesse.
Il rappelle que la loi de finances prévoit des comptes spéciaux du Trésor, qui devraient permettre à l’État d’agir comme une véritable banque d’affaires ou commerciale, capable d’accompagner et de soutenir l’économie en cas de besoin. « Quand vous avez des difficultés, le Trésor doit pouvoir vous prêter de l’argent. Donc il ne joue pas pleinement son rôle », a-t-il souligné.
Pour lui, un déséquilibre persistant entre les recettes et les engagements fragilise davantage les finances publiques. « Je ne peux pas recevoir 10 millions et engager dix personnes auxquelles je paie chacune 2 millions », a-t-il illustré.
L’analyste s’est également interrogé sur la pression fiscale souvent évoquée dans le débat public. Selon lui, le problème ne réside pas uniquement dans l’assiette fiscale, mais surtout dans la structure des dépenses publiques.
« Comment puis-je acheter un climatiseur à 2 500 000 francs et que l’État le paie à 9 ou 12 millions ? Est-ce l’assiette fiscale qui crée cela ? Non, c’est qu’on gonfle la dépense publique », a-t-il dénoncé, estimant que le coût des investissements en Guinée demeure excessivement élevé.
Enfin, il a pointé les retards dans la planification budgétaire. « Nous sommes en début mars. Est-ce qu’on a commencé les travaux routiers ? Non. Les décaissements interviennent souvent en avril, mai ou juin, en pleine saison des pluies. Il y a donc un problème de calendrier et d’anticipation », a-t-il conclu.
À travers cette intervention, Dr Alhassane Makanera Kaké appelle ainsi à une réforme en profondeur de la gouvernance budgétaire et financière, condition essentielle, selon lui, pour restaurer la crédibilité et l’efficacité de l’État en tant qu’acteur économique.
OLLADI IBRAHIMA
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