
Alors que les principaux indicateurs macroéconomiques affichent une trajectoire plutôt favorable, la décision de la Guinée de solliciter un programme auprès du Fonds monétaire international (FMI) suscite des interrogations. Pourquoi recourir à l’institution de Bretton Woods dans un contexte marqué par des perspectives de forte croissance et une amélioration des recettes publiques ?
Les projections économiques dressent un tableau encourageant. Le PIB réel de la Guinée devrait progresser de 8,6 % à 8,7 % en 2026, tandis que l’inflation est attendue autour de 4,1 %, notamment sous l’effet du démarrage du projet Simandou.
Le document budgétaire pluriannuel du gouvernement table même sur une croissance de 11,8 % en 2027, avec les premiers effets d’entraînement du mégaprojet minier sur les autres secteurs de l’économie.
Selon l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Mourana Soumah, il ya un potentiel de 8 à 9 milliards de dollars de PIB additionnel par an entre 2027 et 2040, ainsi que 13 milliards de dollars de recettes publiques supplémentaires entre 2024 et 2030.
Les résultats du premier trimestre 2026 semblent confirmer cette dynamique. Selon le rapport d’exécution budgétaire, les recettes de l’État ont atteint 12 289,71 milliards de francs guinéens à fin mars, contre 9 062,35 milliards un an auparavant, soit une progression de 35,61 %.
Les recettes fiscales ont, quant à elles, augmenté de 59,67 % sur un an, dépassant de 3,31 % l’objectif fixé pour la période. Les recettes minières ont également enregistré une forte progression, atteignant 2 355,80 milliards GNF, soit une hausse de 70,22 %.
Cette performance reste toutefois largement portée par les activités minières déjà existantes. La bauxite représente 84,44 % de ces recettes minières et l’or 15,31 %. Autrement dit, Simandou n’est pas encore à l’origine de cette progression.
Face aux interrogations suscitées par le recours au FMI, Mariama Ciré Sylla a voulu écarter l’idée selon laquelle cet accord traduirait une fragilité financière de la Guinée.
« La Côte d’Ivoire est sous programme avec le FMI depuis les années 1980, le Rwanda suit une trajectoire similaire, et le Bénin y est engagé depuis plus de dix ans. Cela démontre que solliciter le FMI ne traduit pas nécessairement un manque de liquidités », a-t-elle expliqué mardi lors d’une conférence de presse.
Selon elle, l’enjeu dépasse la simple mobilisation de ressources financières. Le gouvernement entend surtout bénéficier de l’expertise, de l’expérience et des instruments techniques du FMI afin de renforcer la mobilisation des ressources nationales.
Cette démarche intervient alors que la Guinée s’apprête à entrer dans une période de croissance accélérée avec la montée en puissance de Simandou.
« Nous entrons actuellement dans une phase de forte croissance. Le pire serait que cette croissance ne se traduise pas en bénéfices concrets pour les populations », a-t-elle souligné, insistant également sur la nécessité d’éviter une diminution des ressources internes au moment où les revenus miniers devraient augmenter.
Des marges de manœuvre encore limitées
Malgré ces perspectives favorables, le diagnostic du FMI se veut plus nuancé. L’institution considère l’économie guinéenne comme résiliente et anticipe une accélération de la croissance grâce à l’augmentation de la production minière.
Elle relève cependant une remontée récente des pressions inflationnistes et estime que les marges de sécurité budgétaires et extérieures demeurent inférieures aux niveaux souhaités.
Plusieurs risques sont également identifiés : évolution des prix des matières premières, conditions de financement, conséquences des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, persistance des pénuries de liquidités et ralentissement éventuel des réformes.
Le rapport d’exécution budgétaire du premier trimestre met lui aussi en évidence certaines fragilités, notamment la faible mobilisation des ressources de financement, l’accumulation des restes à payer, les difficultés dans le suivi des recettes à recouvrer, les exonérations fiscales, les tensions de trésorerie, le risque de change et une éventuelle baisse de l’activité minière.
Le véritable enjeu : transformer Simandou en levier de développement
C’est probablement à ce niveau que se situe le véritable enjeu du futur partenariat avec le FMI.
Les autorités guinéennes cherchent à profiter de l’augmentation attendue des recettes minières pour financer le programme de développement socioéconomique « Simandou 2040 », tout en évitant que cette manne ne se transforme en dépenses publiques incontrôlées.
L’objectif affiché est notamment d’accroître les recettes internes grâce à l’élargissement de l’assiette fiscale, à la lutte contre la fraude et à la digitalisation des régies financières.
Le gouvernement entend également améliorer la sélection des investissements publics, en privilégiant les projets présentant la meilleure rentabilité économique et financière.
Ainsi, le recours au FMI ne semble pas uniquement répondre à un besoin immédiat de financement. Il traduit surtout la volonté des autorités de mieux encadrer la phase de transformation économique qui s’annonce avec Simandou.
La question centrale n’est donc plus seulement de savoir si la Guinée va connaître une forte croissance. Elle est de déterminer comment cette croissance sera gérée, répartie et transformée en amélioration concrète des conditions de vie des populations.
Le programme avec le FMI apparaît dès lors comme un pari : celui de renforcer la discipline budgétaire et la mobilisation des ressources afin que l’essor minier annoncé ne produise pas seulement davantage de chiffres dans les comptes publics, mais aussi davantage d’investissements, d’emplois et de retombées économiques pour les citoyens.
Source:médiafacelykonate.com
OLLADI IBRAHIMA
Altinfo :626186900



















