À défaut d’explications logiques, il est judicieux d’explorer les violences exercées sur des africains, en Afrique du Sud, par des questionnements articulés autour des axes centraux suivants : De quel état d’âme sont dotés ces frères violents, qui viennent à peine de sortir des douleurs d’une longue série de violences coloniales ?
Comment ceux qui devraient donner des leçons de non-violence aux autres africains, en raison de leurs expériences des violences coloniales, ont si rapidement oublié les douleurs de la violence ?
Comment un tel niveau de rabaissement s’est emparé de ces fils d’Afrique, dont le droit à la grandeur et à la dignité humaine a été revendiqué et défendu par toute l’Afrique réunie, et sur plusieurs décennies ?
D’où vient cette barbarie que ces va-en-guerre, tambour battant, sont entrain de faire subir à leurs frères voisins, dont les Etats ont œuvré à faire sortir leur pays de la violence jadis institutionalisée ?
Où est parti toute cette moralité de la cohabitation pacifique multiple que les héros sud-africains ont bâtie et enseignée autour du symbole de l’arc-en-ciel ?
Quel piétinement du panafricanisme, par lequel certains pays africains s’étaient autorisés à accorder un niveau d’adoption si considérable à certains ressortissants sud-africains, au point de leur permettre d’accéder à des plaformes et des rencontres de niveau international ?
Quel niveu d’animosité, comparée à l’infinie chaleur de l’hospitalité que les autres africains avaient réservée aux sud-africains, lorsqu’ils étaient devenus des étrangers dans leur propre pays ?
Comment ces gens, dont les larmes ont été séchées par les contributions decisives des Etats africains, sont arrivés à faire couler les larmes de toute l’Afrique sensible ?
Quel niveau de violence, menant à des assassinats, que ces frères sont entrain de faire subir aux enfants de ceux qui ont contribué à mettre leur peuple à l’abri des torpilles de la maltraitance coloniale ?
D’où sont sortis ces bras forts, aujourd’hui musclés au point d’infliger un tel niveau de violence à ceux dont les pays ont assuré le combat des sud-africains, à un moment où les bras de ces derniers étaient squelettiques, muselés et ligotés par les chaînes de la bestialité coloniale ?
D’où vient cet instinct qui, malgré la diversité des nationalités, a choisi de ne maltraiter que ceux qui sont les plus proches des sud-africains, en tout point de vue ?
Quels emplois ces frères affirment être compromis par des ressortissants africains dont les pays, dans un passé encore très récent, ont recruté des sud-africains à des emplois permanents, et promu certains d’entre eux à des postes de responsabilité respectables ?
Et pourtant, une perspective relativiste permet le constat que les conditions de vie, supposées difficiles en Afrique du Sud, apparaissent comme de l’or, comparées à celles de certains autres pays africains !
De nos jours, l’Afrique du Sud constitue, d’une part, une des puissances sous-régionales du continent africain, et d’autre part au plan international, une puissance emergente, membre des BRICS à résonance politique mondiale. Ce statut n’est actuellement pas attribué à qui le veut.
Loin, cependant, de prétendre que les conditions de vie sud-africaines sont exemptes de contraintes, on peut tout de même estimer qu’elles sont acceptables, voire très satisfaisantes par rapport à celles de plusieurs autres pays d’Afrique et du monde.
Ce qui justifie d’ailleurs la ruée vers ce pays de personnes venues de tous les continents.
Ce niveau de développement, bien qu’il ne suffit pas pour tout et en tout, reste néanmoins suffisant pour vivre en état d’accalmie, tout en explorant d’autres horizons menant à plus de progrès.
Le contexte sud-africain d’avant ces violences est donc celui d’une accalmie et de paix. Ainsi, rien de ce contexte ne justifiait que des gens se fassent des violences d’une telle ampleur.
En conséquence, ce retournement brutal contre leurs frères africains est une parfaite illustration de l’idée qu’en temps de paix, celui qui est habitué à la guerre se fait la guerre.
Par ailleurs, si malgré la prépondérance de communautés étrangères vivant en Afrique du Sud, les africains noirs sont les seuls à être incriminés de l’avènement ou de l’aggravation des crises qui secouent le pays, on risque aussi de fortifier la thèse soutenant que : selon qu’on est fort ou misérable, le tribunal de la cour vous déclarera blanc ou noir.
Plutôt donc que d’écouter les éclairages des leaders sud-africains qui dénoncent la responsabilité des délinquants économiques à cols blancs, on préfère raccourcir et alléger la démarche, pour crier haro au baudet ! …que représente l’honnête petit aventurier, noir africain.
Ce contexte de violence est donc l’expression d’un écart considerable entre les énormes sacrifices des héros sud-africains et les conduites de lynchage collectif infligé à des frères de sang et d’histoire.
Un autre point d’inquiétude lié à ces violences reste aussi le risque de leur imitation par d’autres pays, en réaction à ce qui se passe en Afrique du Sud.
Et si des africains se maltraitent entre eux de cette façon, que dirons-nous de la fréquence des maltraitances, dont les noirs d’Afrique sont quotidiennement victimes dans les pays occidentaux ?
La sagesse aurait voulu que des criquets qui sont entrain d’être grillés ensemble ne se donnent pas des coups de pieds, dans la poêle qui les contient. Il est donc temps de prendre des mesures rapides et radicales d’arrêt immédiat de ces violences insensées.
Toutefois, pour éviter de tomber dans les pièges aveuglant des émotions menant à des subjectivités, il est raisonnable de noter que ces conduites malsaines ne sauraient être ni le reflet des cultures sud-africaines, ni celui de la sensibilité d’âme que l’Afrique a insoufflée à ces violents gens, ni celui de la volonté de leurs dirigeants d’aujourd’hui ou d’hier.
Ces conduites sont celles d’une génération en débandade ; Une génération en prise avec soi ; Une génération en mal de situer lorigine de ses difficultés de vie ;
Une génération en désaccord avec les bonnes valeurs ancestrales et culturelles de son grand pays ; Une génération au profit de laquelle une bonne partie de l’humanité a lutté ;
Une génération qui, pour être fort de muscles, a eu la chance d’avoir des devanciers qui n’étaient forts que de cerveau.
Bref, il s’agit de gens qui ont manqué de reconnaissance aux luttes que des sud-africains, des africains et d’autres pays du monde ont menées pour réserver une vie paisible aux futures générations.
Mais, hélas, ces gens qui représentent aujourd’hui ces générations jadis qualifiées de futures, sont en voie de récompenser les sacrifices des héros sud-africains par le regret, leurs dirigeants actuels par la honte et les autres africains par la mise à mort de leurs enfants.
En définitive, ceci revient à dire, qu’à l’exception de la personne à l’âge d’innocence, la reconnaissance n’est généralement pas humaine.
Dr Mohamed Campel Camara sociologue, enseignant chercheur au département de sociologie/UGLC




















