Des rapports récents indiquent que le gouvernement guinéen, soutenu par un financement de 1,4 million de dollars de la Banque mondiale, lance un levé géophysique aéroporté national. Cette campagne, utilisant vraisemblablement des hélicoptères ou des avions équipés de magnétomètres, implique des vols à basse altitude pour collecter des données magnétiques sur de vastes zones.
Avant d’aborder le fond du débat, il est important de rappeler l’historique des levés géophysiques aéroportés en Guinée. Dès 1979, pour des besoins d’identification de zones favorables à des minéralisations autres que la bauxite et le fer, le gouvernement, à travers le ministère des Mines et de la Géologie, a initié la couverture du territoire national par des méthodes de géophysique aéroportée. Cette opération technique fut réalisée par une société anglaise dénommée GEOSURVEY INTERNATIONAL LTD.
Faute de financement de l’interprétation des données, la Guinée accusa un retard considérable dans l’acquisition des cartes, qui ne lui sont parvenues qu’en 2012. Faute d’interprétation et en raison de la désuétude des données, cette opération s’est soldée par un fiasco pour le pays.
Cependant, en 1998, AERODAT, à travers le Bureau de Recherche Géologique et Minière (BRGM) chargé de la cartographie géologique du Nord-Est et du Sud-Est de la Guinée à l’échelle 1/200 000, a couvert ces régions par la géophysique aéroportée incluant le magnétisme résiduel, le champ total réduit au pôle et la radiométrie potassium. En 1999, l’institut Fédéral de Geosciences et des Ressources Naturelles (BGR), service géologique fédéral de l’Allemagne, a couvert 6 000 km² du Nord-Ouest du territoire par la géophysique aéroportée. Les cartes radiométriques potassium et magnétiques issues de ces travaux existent dans les archives nationales.
Ces cartes existant en Guinée doivent servir de base de recherche des minéraux critiques et stratégiques par leur simple superposition avec les cartes géologiques, les indices miniers et les données structurales afin de localiser les zones à certifier. À ce stade de nos connaissances, il est plus judicieux de couvrir par les drones les cibles déjà identifiées pour obtenir plus de détail avant le forage de certification. Les avantages, en plus des dépenses minimales de temps et d’argent, sont la haute précision et la possibilité de produire des modèles géologiques.
S’agissant maintenant du nouveau travail lancé par le ministère, bien que les levés aéroportés classiques soient des outils traditionnels de cartographie régionale, leur approche présente plusieurs limites pour une exploration minérale moderne et ciblée. Les levés aériens habituels coûtent généralement entre 1,2 et 1,8 million de dollars par campagne. Ils dépendent d’aéronefs, de pilotes et d’équipages étrangers, entraînant des coûts opérationnels élevés et des risques liés à la sécurité des vols à basse altitude.
Ces levés couvrent souvent de grandes zones de manière uniforme, sans hiérarchisation géologique. Les vols à des altitudes de 80 à 150 mètres produisent des données à résolution modeste, adaptées à la cartographie des structures régionales et des limites lithologiques jusqu’à plusieurs kilomètres de profondeur. Toutefois, cette méthode manque de sensibilité pour détecter les anomalies subtiles et proches de la surface, pourtant cruciales pour le ciblage précis des forages, notamment dans des terrains miniers déjà connus. En définitive, il s’agit d’un investissement important pour des données qui n’optimisent pas nécessairement l’avancement réel de l’exploration.
Une alternative stratégique plus efficace consiste à adopter des systèmes de magnétomètres montés sur drone. Un drone et son ensemble de capteurs peuvent être acquis pour environ 50 000 dollars, et un investissement d’environ 100 000 dollars permet le déploiement de plusieurs équipes opérationnelles.
Cette méthode offre des avantages décisifs. Les drones opèrent en sécurité à des altitudes de 20 à 50 mètres et peuvent voler avec un espacement plus serré entre les lignes de levé, produisant des données magnétiques à très haute résolution. Cela améliore considérablement le rapport signal/bruit et facilite la détection des structures à faible et moyenne profondeur, depuis la surface jusqu’à environ 1 à 2 kilomètres, essentielles pour identifier de nouvelles cibles et affiner celles déjà connues.
L’investissement initial représente une fraction du coût des levés traditionnels. Plus encore, les drones éliminent l’exposition humaine aux risques aéronautiques, réduisant significativement le risque opérationnel. Les systèmes de drones sont également plus faciles à opérer, à maintenir et à transférer localement. La Guinée dispose de consultants nationaux possédant l’expertise nécessaire pour produire des résultats de norme internationale, incluant des cartes magnétiques traitées, des jeux de données prêts pour les systèmes d’information géographique et des rapports techniques interprétés, tout en conservant les équipements et le savoir-faire dans le pays.
Plutôt que d’engager l’intégralité des 1,4 million de dollars dans un levé aérien large, externalisé et utilisant des hélicoptères, une voie plus stratégique consisterait à privilégier des levés magnétiques ciblés par drone, conduits par des professionnels locaux, et à réinvestir les fonds restants dans les autres composantes plus critiques d’un programme d’exploration axé sur la découverte.
Le processus de compréhension du sous-sol et de hiérarchisation des cibles d’exploration repose sur une synthèse d’informations. Pondérées selon leur impact, les priorités sont clairement établies : l’échantillonnage géochimique (40 %), la cartographie lithologique (30 %), la cartographie structurale (20 %) et les levés géophysiques (10 %). Les levés géophysiques, bien qu’essentiels, ne constituent qu’un élément parmi d’autres dans une stratégie intégrée.
La stratégie optimale consiste donc à réaliser des levés par drone, rentables et à haute résolution, pour acquérir ces 10 % de données indispensables, puis à réorienter la majeure partie du budget vers un échantillonnage géochimique détaillé, une cartographie lithologique et structurale approfondie et des forages ciblés. Cette approche intégrée permet la construction de modèles géologiques robustes, accélère la découverte de systèmes minéraux connus ou sous-explorés et garantit que l’investissement de la nation génère des retours maximaux et durables.
Par cette voie, la Guinée pourra utiliser les 1,4 million de dollars pour certifier plusieurs cibles prioritaires assorties de modèles géologiques solides à promouvoir.

Abu Bakarr Jalloh, D.Eng.
Directeur des opérations d’ingénierie
CEO, KEDO Consulting & Services
Mamoudou Diawara
Géologue senior
CEO, Sonofini Geo Consulting




















