De la rénovation des infrastructures à la prévention : le médecin de santé publique salue les avancées engagées et appelle les autorités à aller plus loin dans la transformation du système sanitaire.
La transformation du Centre hospitalier universitaire (CHU) Ignace Deen ne doit pas être perçue comme une simple opération de rénovation des bâtiments. Pour le Dr Sow, médecin de santé publique et acteur politique depuis plus de seize ans, elle doit constituer le point de départ d’une transformation profonde du système de santé guinéen.
Dans une intervention consacrée à l’avenir du secteur sanitaire, Dr Sow revient sur les conditions difficiles qui ont longtemps marqué certains établissements hospitaliers du pays. Il évoque notamment le contraste entre l’hôtel Noom, dominant le CHU Ignace Deen, et les réalités auxquelles étaient confrontés patients et professionnels de santé.
« Il y a quelques années, lorsque nous regardions le magnifique hôtel Noom surplomber le CHU Ignace Deen, beaucoup d’entre nous avaient les larmes aux yeux », témoigne-t-il.
Selon lui, cette émotion était liée aux conditions dans lesquelles certains patients étaient pris en charge : insuffisance d’équipements, locaux dégradés, sanitaires difficilement praticables et conditions de travail parfois difficiles pour le personnel médical.
« Le Président a vu nos larmes »
Aujourd’hui, le médecin estime que la dynamique engagée dans la modernisation du CHU Ignace Deen constitue un changement qu’il faut savoir reconnaître.
« Le Président de la République a vu nos larmes », affirme Dr Sow, qui salue l’action du Gouvernement et particulièrement celle de la ministre de la Santé et de l’Hygiène publique.
Tout en félicitant les autorités, il les encourage cependant à poursuivre leurs efforts. « Ne vous arrêtez pas là », insiste-t-il.
Pour lui, la modernisation des infrastructures ne représente qu’une première étape. L’enjeu est désormais de transformer en profondeur la manière dont la santé publique est pensée et organisée en Guinée.
La santé ne doit pas commencer à l’hôpital
Dr Sow plaide pour un changement de paradigme. Le ministère de la Santé, estime-t-il, ne doit pas être uniquement associé à l’hôpital, à la maladie et aux médicaments.
Il doit également devenir, selon lui, un véritable ministère de la prévention, de la promotion de la santé et du bien-être des populations.
« La santé ne commence pas à l’hôpital. Elle commence dans la famille. Elle commence dans le quartier. Elle commence à l’école. Elle commence dans notre environnement », rappelle-t-il.
Dans cette logique, l’accès à l’eau potable, l’assainissement, l’alimentation, l’éducation, l’emploi, le logement ou encore la sécurité routière doivent être considérés comme des composantes essentielles de la politique sanitaire.
Ignace Deen, un futur « CHU promoteur de santé » ?
Le Dr Sow formule une proposition forte : faire du CHU Ignace Deen un véritable « CHU promoteur de santé ».
Un établissement moderne ne devrait pas, selon lui, se limiter à accueillir les personnes une fois qu’elles sont malades. Il devrait également contribuer à prévenir les maladies, informer les populations, promouvoir les bonnes pratiques sanitaires et améliorer le bien-être des patients, des accompagnants et du personnel.
Cette philosophie devrait, à ses yeux, dépasser les murs des hôpitaux.
« Nous devons avoir demain en Guinée des hôpitaux promoteurs de santé, des écoles promotrices de santé, des entreprises promotrices de santé, des communes promotrices de santé et pourquoi pas des routes promotrices de santé », propose-t-il.
Il cite notamment les trottoirs sécurisés, l’éclairage public, l’assainissement, la prévention des accidents et les espaces favorisant l’activité physique comme des éléments pouvant directement contribuer à la santé des citoyens.
« Faire de la politique ne signifie pas tout critiquer »
Dans son intervention, Dr Sow revendique également une approche qu’il veut indépendante des clivages politiques.
« Je suis acteur politique depuis plus de seize ans, mais je suis avant tout médecin de santé publique », précise-t-il.
À ses yeux, l’engagement politique doit permettre de dénoncer ce qui ne va pas, mais également de reconnaître les actions positives lorsqu’elles existent.
« Lorsque quelque chose ne va pas, nous devons avoir le courage de le dire. Mais lorsque des actions positives sont réalisées pour améliorer la santé de nos populations, nous devons également avoir l’honnêteté de les reconnaître, de les féliciter et de les encourager », soutient-il.
De l’hôpital rénové à une Guinée promotrice de santé
Pour Dr Sow, l’ambition doit désormais dépasser la seule réhabilitation des infrastructures.
« Hier, nous avons pleuré devant l’état de certains de nos hôpitaux. Aujourd’hui, lorsque nous voyons leur transformation, nous devons savoir dire : c’est un progrès, continuons », déclare-t-il.
Son ambition est claire : faire de la modernisation d’Ignace Deen le symbole d’une transformation beaucoup plus profonde.
« Après l’hôpital rénové, construisons l’hôpital promoteur de santé. Après l’hôpital promoteur de santé, construisons la commune promotrice de santé. Et demain, construisons ensemble une Guinée promotrice de santé. »
Pour le médecin, c’est à cette condition que les « larmes d’hier » pourront véritablement devenir l’espoir de demain pour le système de santé guinéen.
OLLADI IBRAHIMA
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